Frédéric Mistral, écrivain français d'expression occitane, est né en 1830 à Maillane, au pied des Alpilles, où il mourra en 1914. Fondateur le 21 mai 1854 du Félibrige -- cercle de poètes prônant le renouveau de la langue provençale -- il est l'auteur en 1878 du Lou Tresor dou Felibrige (Le Trésor du Félibrige), un dictionnaire provençal-français embrassant les divers dialectes de la langue d'oc moderne. Ses oeuvres les plus connues sont Mireille, roman en prose et en vers, et le Poème du Rhône. Frédéric Mistral a obtenu en 1904 le prix Nobel de littérature, conjointement avec l'espagnol José Echegaray.
DUBUFFE Claude Marie (1790-1864)Peintre d'histoire
Claude-Marie Dubuffe voit le jour a Paris 1790. C'est le fondateur d'une dynastie de peintres.
C.-M. Dubuffe entre en 1804 dans l'atelier de J.-L. David et effectue son premier envoi au Salon en 1810. En 1811, au cours d'un voyage en Italie, il est introduit auprès de la famille d'Orléans et commence une longue et brillante carrière de portraitiste avec deux commandes officielles de 1824 : la Naissance du duc de Bordeaux et le Passage de Bidassoa.
Ses deux peintures allégoriques qui connaissent un très grand succès, les Souvenirs et les Regrets (Pasadena, Norton Simon Museum), sont diffusées par la gravure. Dès 1826, il ouvre un atelier et fonde, avec le baron Taylor et Dauzats, une association d'entraide des artistes.
À partir de 1848, lors de séjours à l'abbaye de Lucerne, il peint des paysages à la manière de Bracassat. Après des débuts très davidiens (Portrait de l'épouse de l'artiste, 1818, Paris, Louvre ; la famille Dubuffe en 1820, id.), C.-M. Dubuffe évolue vers une manière plus libre (Duchesse de Valençay, 1838, Paris, Petit Palais ; Marie d'Orléans, reine des Belges, 1836, Bruxelles, Palais royal ; Léopold Ier, roi des Belges, 1836, Compiègne).
Claude Marie Dubuffe s'est éteint à La Celle-Saint-Cloud en 1864. Il repose dans la 23e division.
Ferdinant-Victor-Eugène DELACROIX naît le 7 Floréal de l'an VII , soit en 1798 à Charenton Saint-Maurice, tout près de Paris, d'un haut fonctionnaire de l'Etat Charles delacroix et d'une mère d'origine allemande, parente de J.F. Oeben, l'ébéniste de Louis XV et de Louis XVI. Or, au moment de sa naissance, il semble que son père malade depuis 1797 n'était pas en mesure de procréer, et il semble que l'on puisse attribuer sa paternité au Prince de Talleyrand, l'homme du concordat et du congrès de Vienne et grand séducteur qui protegea l'artiste au début de sa carrière. Talleyrand étant Premier Ministre, il fût envoyé à l'étranger juste l'année de la naissance de l'artiste.
Ce fut une vie plutôt d'apparence tranquille que mena Eugène Delacroix, rythmée par les événements extérieurs, mais parsemée de beaucoup de zones d'ombre, dont il ne parlera jamais, même dans le journal pourtant qu'il aura tenu une grande partie de sa vie. L'origine de sa naissance, et les raisons de croire que son père légal ne fût pas son géniteur, fût sans doute la cause de ce caractère double et complexe, dans lequel Eugène Delacroix trouva les signes de son génie et de son talent. Baudelaire lui reconnaissait son admiration, et le considérait comme le plus grand peintre du siècle de par le mélange de tradition classique et de ferveur romantique, de certitudes et de contradictions qu'il mettait dans son oeuvre. Lorsqu'il meurt, le 13 août 1863, d'une longue maladie qui lui rongeait la gorge, le milieu académique lui demeure encore hostile, mais les jeunes peintres reconnaissent en lui le vrai maître de son temps, et en lui un génie authentique.
Laques aux teintes de groseilles Avec vous on fait des merveilles, On fait des lèvres sans pareilles.
Ocres jaunes, rouges et bruns Vous avez comme les parfums Et les tons des pays défunts.
Toi, blanc de céruse moderne Sur la toile tu luis, lanterne Chassant la nuit et l'ennui terne.
Outremers, Cobalts, Vermillons, Cadmium qui vaux des millions, De vous nous nous émerveillons.
Et l'on met tout ça sur des toiles Et l'on peint des femmes sans voiles Et le soleil et les étoiles.
Et l'on gagne très peu d'argent, L'acheteur en ce temps changeant N'étant pas très intelligent.
Qu'importe ! on vit de la rosée, En te surprenant irisée, Belle nature, bien posée.
Pluriel féminin Je suis encombré des amours perdues, Je suis effaré des amours offertes. Vous voici pointer, jeunes feuilles vertes. Il faut vous payer, noces qui sont dues.
La neige descend, plumes assidues. Hiver en retard, tu me déconcertes. Froideur des amis, tu m'étonnes, certes. Et mes routes sont désertes, ardues.
Amours neuves, et vous amours passées, Vous vous emmêlez trop dans mes pensées En des discordances éoliennes.
Printemps, viens donc vite et de tes poussées D'un balai d'églantines insensées Chasse de mon coeur les amours anciennes !
Charles Cros
"Cézanne peint"
Album Hommage Michel Berger
Silence les grillons Sur les branches immobiles Les arbres font des rayons Et des ombres subtiles Silence dans la maison Silence sur la colline Ces parfums qu'on devine C'est l'odeur de saison Mais voilà l'homme Sous son chapeau de paille Des taches plein sa blouse Et sa barbe en bataille
Cézanne peint Il laisse s'accomplir la magie de ses mains Cézanne peint Et il éclaire le monde pour nos yeux qui voient rien Si le bonheur existe C'est une épreuve d'artiste Cézanne le sait bien
Vibre la lumière Chantez les couleurs Il y met sa vie Le bruit de son coeur Et comme un bateau Porté par sa voile Doucement le pinceau Glisse sur la toile Et voilà l'homme Qui croise avec ses yeux Le temps d'un éclair Le regard des dieux
Cézanne peint Il laisse s'accomplir le prodige de ses mains Cézanne peint Et il éclaire le monde pour nos yeux qui voient rien Si le bonheur existe C'est une épreuve d'artiste Cézanne le sait bien Quand Cézanne peint Cézanne peint
LES TOURNESOLS
Mon prince noir et famélique Ma pauvre graine de clodo Toi qui vécus fantomatique En peignant tes vieux godillots Toi qui allais la dalle en pente Toi qu'on jetait dans le ruisseau Qui grelottais dans ta soupente En inventant un art nouveau T'étais zéro au Top cinquante T'étais pas branché comme il faut Avec ta gueule hallucinante Pour attirer les capitaux
Mais dans un coffre climatisé Au pays du Soleil-Levant Tes tournesols à l'air penché Dorment dans leur prison d'argent Leurs têtes à jamais figées Ne verront plus les soirs d'errance Le soleil fauve se coucher Sur la campagne de Provence
Tu allais ainsi dans la vie Comme un chien dans un jeu de quilles La bourgeoisie de pacotille Te faisait le coup du mépris Et tu plongeais dans les ténèbres Et tu noyais dans les bistrots L'absinthe à tes pensées funèbres Comme la lame d'un couteau Tu valais rien au hit-parade Ni à la une des journaux Toi qui vécus dans la panade Sans vendre un seul de tes tableaux
Mais dans un coffre climatisé Au pays du Soleil-Levant Tes tournesols à l'air penché Dorment dans leur prison d'argent Leurs têtes à jamais figées Ne verront plus les soirs d'errance Le soleil fauve se coucher Sur la campagne de Provence
Dans ta palette frémissante De soufre pâle et d'infini Ta peinture comme un défi Lance une plainte flamboyante Dans ce monde aux valeurs croulantes Vincent ma fleur mon bel oiseau Te voilà donc Eldorado De la bourgeoisie triomphante Te voilà star du Top cinquante Te voilà branché comme il faut C'est dans ta gueule hallucinante Qu'ils ont placé leurs capitaux
Mais dans un coffre climatisé Au pays du Soleil-Levant Tes tournesols à l'air penché Dorment dans leur prison d'argent Leurs têtes à jamais figées Ne verront plus les soirs d'errance Le soleil fauve se coucher Sur la campagne de Provence
Jean Ferrat
Le travail du peintre A Picasso.
I
Entoure ce citron de blanc d'œuf informe Enrobe ce blanc d'œuf d'un azur souple et fin La ligne droite et noire a beau venir de toi L'aube est derrière ton tableau
Et des murs innombrables croulent Derrière ton tableau et toi l'oeil fixe Comme un aveugle comme un fou Tu dresses une haute épée vers le vide
Une main pourquoi pas une seconde main Et pourquoi pas la bouche nue comme une plume Pourquoi pas un sourire et pourquoi pas des larmes Tout au bord de la toile où jouent les petits clous
Voici le jour d'autrui laisse aux ombres leur chance Et d'un seul mouvement des paupières renonce
II
Tu dressais une haute épée Comme un drapeau au vent contraire Tu dressais ton regard contre l'ombre et le vent Des ténèbres confondantes
Tu n'as pas voulu partager II n'y a rien à attendre de rien La pierre ne tombera pas sur toi Ni l'éloge complaisant
Dur contempteur avance en renonçant Le plaisir naît au sein de ton refus L'art pourrait être une grimace Tu le réduis à n'être qu'une porte
Ouverte par laquelle entre la vie
III
Et l'image conventionnelle du raisin Posé sur le tapis l'image Conventionnelle de l'épée
Dressée vers le vide point d'exclamation Point de stupeur et d'hébétude Qui donc pourra me la reprocher
Qui donc pourra te reprocher la pose Immémoriale de tout homme en proie à l'ombre Les autres sont de l'ombre mais les autres portent Un fardeau aussi lourd que le tien Tu es une des branches de l'étoile d'ombre Qui détermine la lumière
Ils ne nous font pas rire ceux qui parlent d'ombre Dans les souterrains de la mort Ceux qui croient au désastre et qui charment leur mort
De mille et une vanités sans une épine Nous nous portons notre sac de charbon A l'incendie qui nous confond
IV
Tout commence par des images Disaient les fous frères de rien Moi je relie par des images Toutes les aubes au grand jour
J'ai la meilleure conscience De nos désirs Sa sont gentils
Doux et violents comme des faux Dans l'herbe tendre et rougissante
Aujourd'hui nous voulons manger Ensemble ou bien jouer et rire Aujourd'hui je voudrais aller En U. R. S. S. ou bien me reposer
Avec mon cœur à l'épousée Avec le pouvoir de bien faire Et l'espoir fort comme une gerbe De mains liées sur un baiser
V
Picasso mon ami dément Mon ami sage hors frontières II n'y a rien sur notre terre Qui ne soit plus pur que ton nom
J'aime à le dire j'aime à dire Que tous tes gestes sont signés Car à partir de là les hommes Sont justifiés à leur grandeur
Et leur grandeur est différente Et leur grandeur est tout égale Elle se tient sur le pavé Elle se dent sur leurs désirs
VI
Toujours c'est une affaire d'algues De chevelures de terrains Une affaire d'amis sincères Avec des fièvres de fruits mûrs
De morts anciennes de fleurs jeunes Dans des bouquets incorruptibles Et la vie donne tout son cœur Et la mort donne son secret
Une affaire d'amis sincères A travers les âges parents La création quotidienne Dans le bonjour indifférent
VII
Rideau il n'y a pas de rideau Mais quelques marches à monter
Quelques marches à construire Sans fatigue et sans soucis Le travail deviendra un plaisir Nous n'en avons jamais douté nous savons bien Que la souffrance est en surcharge et nous voulons Des textes neufs des toiles vierges après l'amour
Des yeux comme des enclumes La vue comme l'horizon Des mains au seuil de connaître Comme biscuits dans du vin
Et le seul but d'être premier partout Jour partagé caresse sans degré Cher camarade à toi d'être premier Dernier au monde en un monde premier
- 1945 -
Ce poème provient du recueil intitulé " Poésie inintérompue "